Chap. 29 : La Salle des Lames Engourdies

Lespremiers rayons du soleil étiraient leurs bras engourdis de la nuit. La rosées’évaporait lentement comme un voile s’effaçant pour révéler la beauté de lanature à celui que le sommeil avait fui très tôt.

 

Danscette humidité ambiante, toutes les senteurs se mélangeaient à la terre et merappelait les sous-bois dans lesquels je chassais jadis lorsque ma vie n’étaitque succession de fêtes, tournois, duels d’honneur, course après desdemoiselles effarouchées que je culbutais sans vergogne dans quelque grange,amusements aux dépens des serfs, une vie qui me paraissait bien futilemaintenant. Je secouais la tête à ces souvenirs importuns.

 

Al’entrée de l’arène, je fis une pose, respirais à plein poumon en bombant letorse, serrait les poings, pliait les genoux, avant de m’élancer pour monpremier tour de piste.

Ama grande stupéfaction, Darkhan se mit à courir à mes côtés de sa démarchesouple, ses pattes semblant à peine toucher terre. Je ne posais pas dequestion, préférant me concentrer sur mon allure que j’augmentais petit à petitafin de trouver le rythme qui me permettrait d’acquérir l’endurance nécessaire,avant de m’essayer à la vitesse. 

Lorsquele jour éclaira tout le terrain d’entrainement, Freya fit son apparition,accompagnée du reste de la meute. L’astre solaire éclairait sa chevelure commeune auréole de feu. Toujours habillée de la même tenue de cuir, elle m’observapendant quelques tours. Puis, elle vint remplacer le loup qui rejoignit lesautres à la même place que la veille. 

Côteà côte pendant deux tours, elle accéléra l’allure, je suivis, elle forçaencore, je suivis plus difficilement. Enfin, elle s’arrêta. J’étais essoufflé,mais content d’avoir mieux réussi. 

-BonjourChevalier. Vous êtes matinal aujourd’hui ! 

-BonjourDame Freya, répondis-je entre deux respirations bruyantes, je voulais profiterde l’aube pour commencer afin de ne pas vous faire perdre votre temps.

 
-Vousne me faites pas perdre mon temps. Mon devoir est de vous entraîner afin quevous puissiez réussir votre quête. Désormais, je serais là aussi dès le leverdu soleil. Tenez buvez un peu. Ensuite, nous reprendrons le maniement de la javeline. 

Etainsi, s’écoula cette journée et les deux semaines qui suivirent. Mon enduranceà la course s’améliorait, je n’arrivais pas à semer la Reine, mais ellen’arrivait plus à me doubler lorsque je ne partais qu’avec un tour d’avance. 

Aufil des jours nos rapports avaient évolué. Elle ne s’adressait plus à moi surle même ton de commandement. Je sentais poindre en elle un certain respect toutau moins pour les efforts que je fournissais afin de parvenir au niveaunécessaire pour être l’élu qui ramènerait le voile de Nerthus avant laprochaine pleine lune afin de sauver la vie de son frère jumeau Ingmar et parconséquence de tout le peuple des walkyries. 

Certesmon adresse au lancer se révélait plus aléatoire. Mais, elle ne semblait pass’inquiéter outre mesure de ce que je considérais déjà comme une faiblessepropre à être un obstacle à la réussite de ma mission. 

Régulièrement,Munin et Hugin survolaient l’aire sablée, ils allaient rendre compte à Odin demes progrès.

Maisoù en étais-je véritablement ? Combien de temps encore avant d’être obligéde partir ? Combien de jours dureraient ce voyage ? Quim’accompagnerait ? Qui ou quoi allais-je devoir affronter ? Etcomment ce voile pourrait-il sauver tout un peuple ? Autant de questionsqui ne trouvaient aucune réponse malgré les jours et les nuits qui défilaient. 

Cesoir là, Brunhilde apparut au portail juste au moment où nous venions d’enterminer. 

-Bonsoirchevalier, suis-moi !

-BonsoirBrunhilde, où allons-nous ? 

Elletournait déjà les talons. Darkhan et moi la suivîmes dans un dédale decouloirs. Arrivés devant une porte de chêne dont le centre était gravé d’unerune dont l’or semblait palpiter comme un cœur, Brunhilde s’effaça. 

-Tudois entrer seul. Nous t’attendrons ici. 

Jeregardais alternativement la walkyrie et le chef des loups, puis je fis un pas,posais ma main sur le vantail dont la tiédeur me surprit. A peine mes doigtsavaient-ils exercé une légère pression qu’il s’ouvrit sans peine et sans bruit.Seul un rond de lumière au sol, j’avançais, le cercle se déplaça guidant mespas dans la pénombre. La porte se referma et la luminosité s’accrut peu à peupour éclairer toute la pièce. 

Lesmurs étaient recouverts du sol au plafond d’armes de toutes sortes. Des pluscourantes comme des épées, des javelines, des marteaux, des boucliers, d’autresressemblaient à de longs couteaux de différentes tailles incurvés comme deslunes. 

Unevoix résonna dans ma tête. 

-Icisont rassemblées toutes les armes des guerrières mortes en combattant pourleurs Dieux, leur peuple, leur honneur. Chacune a le souvenir des affrontementsauxquels elle a participé. Approche. Touche-les et si l’une d’entre elle veutte servir, alors elle se lovera dans ta main et te le fera sentir. 

Jerestais un instant interdit. Je ne m’attendais pas à devoir être choisi par uninstrument. Ce n’était qu’un objet après tout et pour moi seules l’adresse etl’habileté alliées à l’entrainement et l’expérience pouvaient faire ladifférence lors d ‘un combat. Mais la magie était décidément partout dans cemonde. Elle imprégnait chacun et chaque chose, les reliant pour un destincommun. 

Jene savais par où commencer. Je laissais mon regard effleurer les différentsbois, métaux, arcs, couteaux, etc. 

 J’avançais vers une première épée, rien, uneautre, rien et ainsi de suite, quand, au moment où j’allais retirer ma main, jesentis comme un picotement. Je posais à nouveau mes doigts sur le pommeau,celui-ci se coula dans ma paume. Je pris donc l’étui et dégainais une longueépée damasquinée. Elle était légère dans ma main alors qu’elle semblait peserplusieurs kilos. 

Fortde cette première trouvaille, je poursuivais, une javeline, puis un bouclierrejoignirent l’épée. Ainsi équipé, j’allais ressortir de cet incroyable endroitlorsque je reçus une tape légère sur mes reins.

Instantanément,je lâchais la javeline et épée brandie, bouclier sur le dos, je me retournaisprêt à me défendre. Au lieu et place d’un ennemi quelconque, il n’y avait quele vide !

D’oùpouvait bien venir cette sensation?

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