Chap. 25 :La Javeline

Le balancement de ses hanches me donnait envie de la saisir à bras le corps, de plonger mes yeux dans les siens, pour savoir ce qu’elle me cachait. Je me rendis compte à cet instant de mon désir intense pour cette femme qui ne s’occupait de moi que forcée et contrainte par son devoir de reine. L’accablement que je ressentis à cet instant, me fit comprendre que le seul moyen que j’avais de regagner un peu de son estime était d’être à la hauteur de ses efforts. Je respirais profondément et mû par une volonté nouvelle, je m’avançais de quelques pas.

-Nous allons terminer par quelques essais de cette arme. Prends-là dans ta main. La connais-tu ?

-Euh, non. Je n’ai jamais combattu qu’à l’épée ou à la lance dans des tournois. Un noble ne combat qu’à cheval ! Dis-je en redressant la tête, ma fierté d’antan refaisant surface. 

-Tu ne combattras plus comme un cavalier. D’une part c’’est contraire à l’honneur des walkyries, d’autre part nous ne nous servons de ces animaux que pour nos incursions dans ton monde. Pour ton voyage jusqu’au lac de Jutland, deux poneys vous accompagneront et uniquement pour porter vos affaires. 

-Vous accompagneront ? Tu ne viendras donc pas avec moi ? Qui alors ? 

-Chaque chose en son temps ! Es-tu prêt ? 

-Allons-y, répondis-je en soupirant et en baissant les bras, pourquoi est-ce que je m’obstine à poser des questions qui, à chaque fois, restent sans réponse! 

Elle haussa les épaules semblant elle aussi subir cette situation. Etrange réaction ! 

-La javeline est une arme de lancer qui, bien envoyée, te permet de tuer ton ennemi ou bien de le blesser parfois suffisamment pour te permettre de brandir ton épée. Elle ne te servira à rien en combat au corps à corps, même contre un ennemi plus petit. Prends-la fermement dans ta main droite, équilibre-la pour que le poids de la pointe soit un atout pour atteindre ton but. Comme ceci ! 

Je regardais la Reine tourner son poignet pour affermir sa prise sur le manche, puis, sans bouger ses pieds bien ancrés dans le sol, simplement par un mouvement conjoint du torse, de l’épaule et du bras, envoyer sa lance à plus de 100 mètres. Elle se ficha en résonnant dans un poteau de la taille d’un grand mât à l’autre bout de l’arène. J’écarquillais les yeux devant ce qui pour moi confinait à l’exploit. Mon regard allait de l’arme à cette guerrière accomplie. Elle n’avait même pas sourcillé, ne paraissait pas avoir fourni le moindre effort, un simple geste et le résultat était là. 

-Allez, à toi ! 

Oui, me disais-je, à moi. Puisant dans ma volonté toute nouvelle, je fis sauter la javeline dans ma main, essayant de la tenir correctement. Pas aisé, une fois trop en avant, puis un peu trop en arrière, elle oscillait de droite et de gauche. Enfin, la stabilité me parut atteinte. Un coup d’œil vers Freya ne me donna aucune indication, son regard se perdait au loin, au-delà de l’espace sablé, des gradins, des colonnades, très haut dans le ciel. Deux corbeaux venaient vers nous, volant de concert, se laissant porter par les courants ascendant et descendant. Le noir de leurs ailes se teintait d’or sous les rayons du soleil. Ils survolèrent un instant l’arène, puis repartirent. 

L’attention de la reine se reporta sur moi. 

-Qui sont ces corbeaux ? En disant ces mots je me rendais compte qu’instinctivement je pressentais qu’ils n’étaient pas que de simples oiseaux. 

-Ce sont Hugin et Munin les corbeaux d’Odin. Ils parcourent le monde chaque jour et lui rapportent tout ce qu’ils voient. Ta prise n’est pas mauvaise, lance-la ! 

Essayant de reproduire le mouvement de lancer de Freya, je tentais mon premier essai. Elle vola quelques mètres puis retomba à plat sur le sol. 

-Vas la chercher et recommence. Dans un premier temps, ne pense pas à la distance, mais plutôt à réussir la courbe qui te permettra d’atteindre ta cible et de planter la pointe dedans. 

Malgré mes efforts, le bilan fut bien en-dessous de ce que j’espérais. Mais, elle continuait sans relâche à corriger mes erreurs. Le jour déclinait, quand nous nous arrêtâmes. Je ne sentais plus mon bras. Mes jambes ne me portaient que par miracle. 

-Demain, nous reprendrons comme aujourd’hui. Tu dois t’entrainer tous les jours de l’aube au coucher du soleil ! Tu n’as que peu de temps pour acquérir des années d’expérience. Puisse les dieux t’apporter leur soutien !

Tournant les talons, elle quitta les lieux de sa démarche altière. J’aurais volontiers caressé quelques mèches de ses longs cheveux blonds qui s’étaient échappés de sa coiffure et qui dansaient au rythme de ses pas.

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