Archive for janvier, 2008

L’esclavage moderne

vendredi, janvier 11th, 2008

Faisant mes courses hebdomadaires  hier après-midi, j’ai été fort surprise de croiser de nombreux esclaves.

De quelques-uns, il y a deux ans, voilà que de mois en mois leur nombre ne cesse d’augmenter.

 Toutes les catégories sociales, toutes les classes d’âges, homme ou femme, sont touchés par ce nouvel état d’être.

On en rencontre partout.

Dans la rue, ils déambulent et soudain s’arrêtent, ou bien marmonnent à voix basse une conversation à sens unique.

Dans les magasins, ce sont souvent des hommes, poussant leur caddie d’une main, attrapant des articles de l’autre sans cesser de remuer les lèvres.

Dans le hall des gares, la salle d’attente est pleine de ces humains chuchoteurs.

Devant les écoles, les mères de famille ne prennent parfois même pas le temps de dire bonjour à leur bambin. Elles l’attrapent par la main et le mènent jusqu’à la voiture.

Même dans les restaurants, malgré la faim qu’ils ont après une journée de travail, ils sortent, laissant leur assiette pleine et tapent leur chaussure sur le pavé en hochant la tête à la manière de ces chiens de plastique sur la plage arrière des voitures.

Ils sont là, debout, en train d’attendre et d’écouter leurs ordres, répondant brièvement. Puis, un geste à l’oreille, comme un salut militaire et ils poursuivent leur chemin, allant sans doute exécuter les ordres de quelque autorité supérieure.

Vous les reconnaitrez, comme moi, très facilement.

Ils ont un anneau à l’oreille, de taille ou de couleur différente, sans doute une question de classement. Ils ne l’enlèvent jamais, reliés ainsi en permanence au réseau, qui peut les joindre à tout moment.

Leurs déplacements sont suivis par des bornes tels des GPS de voiture.

Il semble que les animaux ne soient pas encore touchés par ce marquage. Je n’en ai croisé aucun avec cet appareil greffé à leur organe auditif.

Enfin assez inquiète, tout de même, j’ai vérifié si l’esclavage avait été ou non aboli en France, à tout hasard bien sûr : En France, le 3 juillet 1315, le roi  Louis X le Hutin publie un édit qui affirme que «selon le droit de nature, chacun doit naître franc». Officiellement, depuis cette date, «le sol de France affranchit l'esclave qui le touche». Il n'y aura plus d'esclaves sur le sol métropolitain depuis ce jour. (Extrait de wikipedia).

Alors esclavage ou bien un désir irrépressible de ne pas être oublié… Gain de temps ou bien perte d’un moment d’insouciance d’être quelque part sans fil à la patte…

Chap.16 : L’épreuve !

jeudi, janvier 10th, 2008

Le loup m’attendait au coin du couloir. Ensemble nous montâmes puis descendîmes encore et encore, j’avais l’impression de descendre aux enfers. Enfin nous stoppâmes devant un trou dans la muraille.

Je baissais la tête et entrais à sa suite dans une sorte de crypte ovale.

Tout autour, la meute assise dans un silence absolu. Au centre, un autel de pierre blanche en deux parties. Une stèle surmontait un plan lisse. Des candélabres éclairaient la scène d’une lueur sinistre.

Je ne pus empêcher mes dents de claquer. Le chef s’installa sur le piédestal et inclina son cou, m’invitant à me coucher devant lui. Sous son regard hypnotique, j’obéis malgré moi. Mes jambes avançaient, mon cerveau restait bloqué par la peur, les loups dégageaient une forte odeur de fauve.

Lorsque je fus allongé, des cercles de métal sortirent du bloc de pierre et me maintinrent solidement.

Darkan se mordit la patte droite, il l’avança juste au dessus de ma bouche et laissa le sang couler dans ma gorge. Son goût âpre me fit tousser, mais j’avalais malgré moi.

L’un après l’autre, puis tous ensemble, ils se lancèrent dans un concert de hurlements qui ne me glaça pas. C’était un chant d’appel respectueux, profond.

Le plafond se mit à luire, des runes apparurent, les mêmes que celles que j’avais déjà aperçu à l’entrée de la Tour. Mais, ici, les couleurs alternaient entre l’émeraude et le jaune d’or.

Une vague de chaleur me submergea, j’eus l’impression que mon sang se mettait à bouillir dans mes veines, ma vue se brouilla, mon ouïe ne captait plus rien. Mon corps se mit à trembler violemment, des secousses brusques et douloureuses me soulevaient, toutes mes articulations ressentaient mille piqures comme des pointes de fer rouge enfoncées avec acharnement. Si je n’avais pas été attaché, je serais tombé lourdement à terre!

Cela dura un temps infini, du moins me sembla-t-il ?

Un dernier sursaut et puis plus rien.

Darkhan se pencha vers la silhouette inerte devant lui.

Il se coucha, son museau entre les pattes, grogna doucement, les anneaux se retirèrent, deux loups s’allongèrent de part et d’autre du chevalier.

Un silence lugubre s’installa.

Univers Parallèle

jeudi, janvier 10th, 2008

Des moments d’étrangeté s’insinuent parfois dans notre quotidien.  Des morceaux de conversation nous transportent en l’espace d’un éclair dans un monde parallèle. Je m’explique :


Hier soir, nous dînions tranquillement en famille. Je me coupais un morceau de fromage. Rien de plus banal en soi.

Bon, donc, avec  ton fichier c’est  du « HTML » pur mais quand tu mets «<?php » dans le source « html » il faut aussi changer le  suffixe « .html » en « .php »….

Oui, mais, alors et l’arborescence du site ? Quel boulot… Y a pas un toolkit ? pas grave avec des applets  flash dedans, HTML ou PHP idem… et base SQL ? on modif le nom ?

Non, requêtes indépendantes du format. Au pire exportes et sauvegardes.

Je tourne la tête ébahie. Je n’avais plus devant moi, mon mari et mon fils, mais un Tok’ra discutant avec un Asgard du prochain plan de bataille contre les Goa’uld ! Pénétration en territoire ennemi par le « Chapaï », invisibilité grâce à un appareil Sodan, transformation avec la machine de Nirrti et j’en passe.

Euh, cela vous dérangerez de revenir à table avec moi…

Pardon, ma chérie, tu disais ?

Je me sens un peu seule, tout d’un coup… vous ne pourriez pas parler français…c’est quoi cette espèce de langue venue d’ailleurs…

Mais, enfin, mon amour, c’est pour ton site.

Mon site, mon site. Mais enfin tu ne peux pas décompresser un peu. Tu viens juste de changer la couleur de la page d’accueil.

Non, il faut que je mette en ligne le dernier texte, dans le livre des Amis. Au fait, tu as le nom de l’auteur ?

Pas encore, mais je suis sûre que si tu ne le fais que demain, il comprendra…

Oui, tu as raison. Et avec notre fils, nous avons pensé que le sépia pour une sirène ce n’est pas le mieux.

Tu sais, Maman, je m’amuse à faire du graphisme, alors on te réserve une surprise !

Tu y passes déjà tellement de temps…tu as mis en valeur les textes qui nous sont prêtés, modifier le forum…

Oui, mais le temps que j’y passe n’est rien comparé à ce que tu donnes par tes mots. Regarde le dernier message dans le livre d’or… Je veux ce qu’il y a de mieux pour toi et pour tes lecteurs.

Tu n’en finiras donc jamais ?

Comme toi d’écrire…

Et moi je donne entièrement raison à Papa…

Bon allez, stop pour ce soir ! Vous me donnez mal à la throne avec tout votre bazar informatique.

Les voilà qu’ils éclatent de rire et moi avec.

–  Il serait peut-être temps que tu arrêtes le thé pomme cannelle, voilà que tu te mets à parler en Ancien !!

Bon allez, trêve de bêtise tous les deux. Au lit la marmaille !

Puis me retournant vers mon homme : demain est un autre jour, Anjin San. 

 

P.S. : pour info : quelques références à la série Stargate SG1. Anjin San, ou pilote dans le livre de James Clavell « Shogun ».

Chap. 15 : La Tour Runique

mardi, janvier 8th, 2008

Le sol était tiède, les murs fluorescents s’écartaient sur notre passage pour se refermer derrière nous. La magie habitait ces lieux. Enfin, une porte basse, nous courbâmes la tête et nous entrâmes dans une chambre. Des tentures aux couleurs chamarrées décoraient les murs. Un lit à baldaquin recouvert d’un épais duvet cyan et or trônait au centre du mur du fond, nos pieds foulèrent des tapis d’Orient. La guerrière me retira mon collier, mes chaînes. D’un geste de la main, elle m’indiqua une alcôve vers la droite.

-« Vas te laver, des vêtements ont été préparés, un diner va t’être apporté, ensuite repose-toi ! La journée qui va bientôt se lever sera longue et éprouvante pour toi. »

Trop abasourdi par de tels rebondissements dans ma vie, je restais de longues minutes au centre de la pièce, debout, sans bouger.

Enfin, comme dans un rêve, je me dirigeais vers un bassin creusé à même la pierre. De la vapeur en sortait, des effluves de pin embaumaient les lieux. Je m’y glissais avec un plaisir qui m’arracha un murmure de contentement. Je me laissais aller, les yeux clos, je commençais à m’endormir lorsque des talons de botte claquèrent sur le sol.

Je me redressais vivement, le cœur battant de la peur que tout recommence…

Un bruit de métal, un demi-tour de talons et une porte que l’on referme.

Je sortis vivement de l’eau risquant quelques pas afin d’observer ma chambre. Rien. Personne. Un profond soupir de soulagement m’échappa. Je me séchais et m’habillais avec les vêtements déposés sur un tabouret : un pantalon de toile noire et une chemise blanche brodée de runes sur le sol et les poignets.

J’étais enfin vêtu comme un être humain !

Sur le plateau, un repas fastueux. Mes yeux et mes narines se délectaient. Un poulet rôti croustillant dégageait un fumet à faire saliver toute une meute de loups, des légumes, du pain chaud, du fromage, des fruits en abondance et un pichet de vin. Je ne savais par quoi commencer. Je tendis la main mais au dernier moment un sombre pressentiment m’envahit. Serait-ce le dernier repas du condamné ?

Mon ventre se mit à grogner et prit la décision à ma place.

Je m’asseyais donc sur une sorte de chaise en bois à haut dossier et attaquait ce qui m’était si généreusement offert. Je pris mon temps et mangeais autant que je pouvais goûtant à tout.

Un long moment plus tard, repu, je m’allongeais sur le lit et m’endormis presque aussitôt.

Je rêvais de mes combats au temps où je portais fièrement les armes et le blason de ma famille sur mon bouclier. Aux soirées qui s’en suivaient, avec mes compagnons, nous allions de tavernes en tavernes, au bras de filles faciles et joyeuses. Les parties de chasse, dans la rosée du matin, lorsque les sous-bois s’éveillent en sursaut sous les aboiements des chiens poursuivant leur proie.

Un aboiement bizarre, non, un hurlement de loup mit fin à mes souvenirs.

Darkan sauta au pied de mon lit, grogna doucement, tourna la tête de manière significative vers la porte, puis d’un bond rejoignit la porte et sortit.

Je me levais prestement et le suivis. Une sourde angoisse m’étreignait rendant ma respiration douloureuse.

Chap. 14 : Le combat

lundi, janvier 7th, 2008

Les rayons de la lune semblaient se concentrer au centre de l’aire de combat. Les deux walkyries se faisaient face, boucliers levés, épées brandies.

Je ne pouvais voir leurs regards mais je sentais  l’appréhension de toutes les guerrières. Brunhilde serrait le manche de sa dague tellement fort que les jointures de ses doigts blanchissaient. Darkhan, à mes pieds, s’était relevé.

Hinge avança d’un pas en avant, puis feinta sur la droite en fonçant sur sa rivale. Freya l’évita d’un bond en arrière et se retournant lui plaqua un coup d’épée dans le dos. Hinge se pencha en avant et effectuant une manœuvre d’évitement, blessa au bras sa demi-sœur.

La vue du premier sang versé augmenta la tension. Darkhan gronda.       

Elles continuèrent ainsi, sans relâche, avançant, reculant, parant d’estoc et de taille. Leurs chevelures flottaient librement car les heaumes étaient tombés à terre. Leurs assauts soulevaient une poussière matifiant leur peau luisante de sueur.

Au fur et à mesure, les échanges se ralentirent. Des rigoles de sang coloraient leurs corps.

Dans un ultime sursaut d’énergie, Freya entailla profondément le flanc droit d’Hinge. Cette dernière jeta son bouclier à terre, porta sa main sur la plaie en grimaçant. Le poignard de Brunhilde sortit au trois-quarts de son fourreau.

Hinge, s’appuyant sur son épée, reculait un pas après l’autre vers le fond de l’arène. La Reine ne bougeait pas. Hinge tomba à genou. Freya ne bougeait toujours pas.

Un murmure étonné sortait des bouches des guerrières.

C’était un combat à mort ! Nulle pitié n’était autorisée !

Darkhan hurla, la meute repris son grognement.

Puis un silence de mort s’installa.

Freya jeta elle aussi ses armes, se tournant vers Darkhan, bras levés :

-« Odin, père, ne te satisfais-tu pas de cette lutte ? Deux sœurs se battant en duel pour un humain, pour respecter une coutume de l’Ancien Temps. L’une de nous est à terre ! Dois-je la sacrifier pour prouver qu’Il est celui de la légende ? »

Elle tomba à genou et son amour fraternel coula sur ses joues.

Le loup se leva, descendit et de sa démarche souple courut vers Hinge. Celle-ci releva son visage. Il planta son regard dans le sien. Une vive lumière les entoura comme un halo. Elle disparut.

Darkhan se dirigea ensuite vers Freya. A nouveau, la lueur apparut. Mais, lorsque son intensité baissa, Freya quitta le terrain, sans un mot.

Le gong retentit.

Tous évacuèrent les lieux.

Brunhilde me détacha, son regard neutre ne m’apprit rien.

Quelques instants plus tard, nous nous arrêtâmes devant la porte de la Tour du Conseil Runique. Elle m’attacha à un anneau, et tourna les talons.

Assis à même le sol, j’observais les alentours. La nuit avançait, la fatigue pesait sur mes épaules affaissées, je baillais et commençais à m’assoupir.

Un frôlement derrière mon dos, me fit sursauter. Une ouverture dans le mur, juste à côté de mon attache, se dévoilait.

A ma grande surprise, ce fut Hinge qui sortit, me détacha et me poussa à l’intérieur sans un mot.

Chap. 13 : L’arène

dimanche, janvier 6th, 2008

L’amphithéâtre était une merveille architecturale. Les divers styles, signe de sa construction par différents bâtisseurs, s’harmonisaient remarquablement.

Des pilastres corinthiens avec leurs feuilles d’acanthes reliés par des architraves en volutes côtoyaient des colonnes ioniques à la décoration dépouillée. Ca et là des cariatides au corps d’albâtre drapé dans des robes aux couleurs des différents clans portaient des oriflammes au bout d’une lance dorée. Une légère brise les faisait claquer comme des fouets.

Deux immenses vasques encadraient l’imposant porche d’entrée. Des braises incandescentes entretenues par quatre walkyries, toutes de cuir rouge vêtues, dégageaient une odeur d’encens.

Le brouhaha cessa lorsque nous apparûmes dans l’encadrement. Un coup de pique dans les reins me poussa vers un escalier en colimaçon.

Nous débouchâmes sur une estrade surplombant l’arène. Brunhilde m’ôta ma cape, offrant ainsi mon corps dénudé à tous les regards. Un murmure d’approbation me fit rougir jusqu’aux oreilles. Je fus attaché en croix, exposé aux yeux de toutes. Les rayons lunaires détachaient la rune d’Odin dessinée sur ma poitrine.

Les gradins, sur cinq niveaux étaient remplis de walkyries.

Brunhilde s’avança, leva les bras. Le silence se fit.

-« Gloire à Odin, notre Dieu ! »

-« Haï »répondirent en chœurs toutes les participantes.

-« Nous sommes toutes réunies ici ce soir selon le précepte de l’Ancienne Loi. Les Runes de la Tour se sont réveillées pour cet humain ! » Dit-elle en me montrant du doigt, « aussi deux Walkyries vont s’affronter dans un duel à mort pour que le destin s’accomplisse. »

-« Haï »

Des centaines de talons se mirent à battre la mesure, le rythme allant crescendo, ponctué à intervalles réguliers par des Haï de plus en plus surexcités.

A nouveau, Brunhilde leva les bras, le silence revint.

-« Mes sœurs appelons Freya et Hinge »

Aussitôt les claquements de bottes furent remplacés par le fracas des épées sur les boucliers. Un groupe de guerrières en tenue dorée accourut sur le terrain sableux et se lança dans une danse lascive qui me mit malgré moi dans tous mes émois. Elles firent une dernière figure et se stoppèrent dans un même élan, la pointe de leur épée en direction du fond de l’hémicycle.

Les demi-sœurs apparurent, côte à côte, vêtues à l’identique. Un justaucorps satiné moulait leur buste, un short et des cuissardes complétaient leur habillement. Elles étaient encadrées par une meute de près d’une centaine de loups. Darkhan, à leur tête, s’arrêta au centre de l’arène. Il leva sa gueule et entama une longue mélopée reprise par tous ses congénères. A donner froid dans le dos.

Laissant les deux guerrières face à face, ils se glissèrent le long des travées, se positionnant en arc de cercle devant chaque chef de clan.

Un gong retenti. Le combat pouvait commencer!

Chap. 12 : Préparatifs

samedi, janvier 5th, 2008

Un coup contre mon portillon, une gamelle que l’on me glisse, un bol d’eau. Pas un mot, le silence est pesant et rassurant tout à la fois.

Les heures s’écoulent. J’essaie d’étirer mes membres que les crampes envahissent.

Un bruit de talon !

-« N’as-tu rien oublié ? »

-« Non, j’ai vérifié, tout est là selon les règles de nos ancêtres ! »

-« Sors-le ! »

Le battant de ma geôle s’ouvre. Je rampe au dehors. Je reste tête baissée, je ne connais pas ces voix, je tremble.

-« Allez, chien, déshabille-toi et lave-toi ! »

A quatre pattes, j’avance et j’obéis.

-« Sors ! Va au fond ! »

Je regarde les chaînes, le brasero, mes jambes flageolent. Un coup de pique dans le dos m’oblige à avancer.

-« Lève les bras ! Mets tes mains dans les fers ! Bien, ne bouge pas ! »

Elle se mit devant moi s’offrant à mon regard. Elle portait un loup masqué en fourrure sur le visage. Une longue robe pourpre maintenue à la taille par une ceinture blanche brodée de fils argentés. Ses cheveux roux étaient tressés et ramenés sur la tête en une couronne mêlée de lanières noires.

Elle tenait à la main un pot empli d’une substance brillante, sans odeur. Elle y trempa une sorte de pinceau et commença à m’en enduire tout le corps minutieusement sans omettre une parcelle !

Sa compagne, m’enleva le collier que je portais et le remplaça par un torque de cuivre. Puis elle sortit un poignard effilé de sa manche et commença à me tailler les cheveux. Elle passa, ensuite, la pointe de la lame sur ma poitrine, dessinant un motif inconnu.

Elles se reculèrent, regardèrent leur travail, hochèrent la tête et tournèrent les talons sans un mot, me laissant pendu en proie à une foule de questions.

Je ne sus faire le compte des heures, mes articulations me brûlaient. Je somnolais oscillant entre rêve de liberté et cauchemar de douleur.

Une claque me secoua.

-« Réveille-toi ! Deux des plus vaillantes walkyries vont se battre à mort pour toi, j’espère que tu en vaux le coup ! »me dit à l’oreille la voix grinçante de Brunhilde.

Mes bras retombèrent le long de mon corps.

-« A genou ! Mange ta gamelle ! Profites-en bien car Hinge va gagner et ton calvaire ne fait que commencer ! »

Avidement, j’engloutis la bouillie épaisse, refusant de comprendre ces dernières paroles et leurs conséquences funestes.

 Elle me jeta une sorte de cape sur les épaules.

-« Debout, suis-moi ! »

Deux autres guerrières attendaient, elles se positionnèrent à mes côtés et nous sortîmes.

Je revis enfin le ciel bleu, respirais l’air pur, fragance de terre humide et d’herbe coupée.

Personne ! Les rues étaient désertes. Nous gravîmes la colline. Plus nous avancions, plus la clameur d’une foule excitée parvenait à mes oreilles.

Nous arrivâmes, enfin, sur une esplanade pavée de granit noir. Les grains de quartz éclairaient nos pas.

Une haute Tour se dressait à notre droite. Un serpent de runes courait tout le long d’un portail bardé de clous ouvragés. Le siège du Conseil Runique, sans aucun doute.

Nous fîmes une courte halte durant laquelle les prêtresses psalmodièrent une incantation dans une langue inconnue aux accents guerriers. Les runes se mirent à briller d’une lumière fluorescente alternance de cinabre et de lapis-lazuli. Quelque chose pénétra avec une autorité douce mais ferme mon esprit, le sonda, puis se retira, me laissant perplexe.

Nous reprîmes notre chemin vers la gauche. Un dôme, créé par les rayons de la lune se reflétant sur des dolmens de sélénite, recouvrait une arène elliptique.

Chap. 11 : Esclave ou Elu?

vendredi, janvier 4th, 2008

Brunhilde attacha une laisse à l’anneau de mon collier et me tira hors de la salle, pas assez vite toutefois pour que je ne puisse voir les walkyries s’interroger du regard. Enfermé à nouveau dans ma cellule, avec un morceau de pain et un bol d’eau, je m’endormis rapidement. 

Hinge tournait comme un lion en cage dans sa chambre. Elle ruminait ses années passées, son enfance heureuse avec Freya sa meilleure amie. Puis, à l’adolescence, la révélation du nom de son père : Odin.

Elle se rappelait cette cérémonie dans les moindres détails : La mère de Freya parée de ses plus beaux atours, couchée sur l’autel, son dernier souffle au bord des lèvres. Toutes les walkyries réunies en cercle, l’épée levée haut vers le ciel, la lune pleine, Odin aux pieds de sa femme, portant sa fille, la présentant aux dieux.

Le fracassement en cadence des épées sur les boucliers, le silence, la lumière intense sortant de la poitrine de la morte et se courbant, entourant le corps de la nouvelle souveraine avant d’y pénétrer.

La horde de loups, conduite par Darkhan, hurlant son approbation. Puis Odin, saluant et allant s’enfermer dans la Tour du Conseil Runique.

Un coup frappé à la porte qui s’ouvrit dans la foulée, la ramena au présent.

Sa mère entrait.

-« Ma fille, tu n’aurais pas dû t’opposer à ta Reine. Maintenant que l’ancienne loi a été invoquée, je ne peux plus rien pour toi. Attends, laisse-moi finir. Je t’ai à maintes reprises mise en garde contre ton caractère impétueux. Il est temps pour toi d’assumer tes responsabilités ! »

-« Mère, je ne comprends pas. Pourquoi ma demi-sœur veut-elle cet esclave ? Pourquoi le Conseil Runique s’en mêle-t-il ? Qu’est-ce que Darkhan a à voir dans tout cela ? Que s’est-il passé ?»

-« Notre peuple est aussi vieux que la Terre. Dans des temps immémoriaux, toutes les premières nées avaient le pouvoir de communiquer avec les loups. Seul, l’homme que la meute jugeait apte à servir de Roi recevait aussi ce pouvoir. Depuis, seule la Reine parle encore ainsi et elle transmet son pouvoir uniquement à sa fille. Voilà plus de cent ans que, vous les guerrières allaient de part le monde pour trouver un mâle pour perpétuer la lignée. Jusqu’à l’arrivée de ton chevalier, les recherches ont été vaines. Il semble que Freya ait détecté quelque chose en lui. S’il est vraiment celui de la légende, alors notre peuple va enfin sortir de l’apathie qui le détruit petit à petit. Darkhan, est le mâle alpha, le plus vieux également, il transmet par son esprit les volontés du Conseil qui ainsi voit et entend tout ce qui concerne les affaires du Royaume à travers lui. »

-« Donc, si je comprends bien, Mère, afin que la prophétie s’accomplisse, il me faut perdre ce combat ! »

-« Non, Hinge, si cet humain est bien celui dont parlent les anciens textes, Odin lui-même, règnera sur ce duel. Tu dois combattre pour gagner ! Tel est l’honneur de la Walkyrie ! Maintenant, prends du repos, ma fille, demain tu affronteras la plus intrépide et la plus agile d’entre toutes ! »

Sur ces mots, Brunhilde quitta la chambre. Hinge, songeuse, s’allongea pour une nuit sans sommeil.

Chap. 10 : Face à Face

jeudi, janvier 3rd, 2008

L’idée de servir de repas à ce monstre me glaça les sangs.

-« Hinge ! »

-« Haï, Majesté »

-« Raconte-nous la prise de cette nouvelle proie ! »

Sa voix forte et claire raconta ma capture avec force détails. La honte de mon déshonneur me rougissait les joues.

Quand elle eut fini, elle m’attrapa violemment par les cheveux, et dit :

-« Il est assez rebelle, mais avec un bon dressage, j’en ferai mon jouet tant qu’il m’amusera ! »

Mon regard croisa celui de la souveraine. L’éclat de ses yeux me transperçait jusqu’au plus profond de mon âme. Mon cœur battait intensément dans ma poitrine.

Sa voix résonna dans ma tête : « Qui es-tu donc chevalier ? Es-tu celui que j’attends depuis si longtemps ? Celui qui entendra mes paroles sans que mes lèvres bougent ? ».

La stupeur dû se lire sur mon visage car Hinge, avec un accent d’inquiétude mêlé de défiance dit :

-« Ma Reine, que se passe-t-il ? »

-« Te dois-je des comptes, ma demi-sœur ? Tu ramènes en notre royaume, un humain, venant d’un monde dans lequel nous ne nous sommes pas aventurées depuis plus d’une centaine d’années. Il doit être examiné par le Conseil Runique ! Donne-le ! »

-« Votre Majesté, c’est moi qui l’ai capturé ! Je dois d’abord le préparer. Le Conseil Runique n’a pas à statuer sur ceci ! »

-« Hinge ! Je te rappelle que je suis seule juge en ce qui concerne la répartition des esclaves ! Ils m’appartiennent tous dès leur entrée sur notre territoire ! Celui-ci comme les autres ! »

Soulagé de ne pas être le prochain rôti, j’écoutais avidement leur échange. Ainsi Hinge était apparentée à la Reine. En ce cas, pourquoi n’avais-je jamais entendu sa voix dans ma tête ? Etait-ce la raison de leur différence de statut ? En quoi consistait ce Conseil Runique ?

Les autres membres de cette assemblée commençaient à s’agiter visiblement mal à l’aise d’assister à cette scène.

Darkhan se leva, s’étira en baillant. Tout le monde le regarda. Il sauta sur le trône et son hurlement résonna comme un grondement de tonnerre. Il regarda tour à tour les deux antagonistes dans le silence total.

Je relevais insensiblement la tête, la pâleur d’Hinge contrastait avec le sourire satisfait de Freya.

Les Walkyries s’avancèrent toutes d’un pas, frappèrent le sol de leurs talons.

-« Haï, le Conseil Runique a statué ! L’ancienne loi a été invoquée ! »

Brunhilde s’avança

-« L’ancienne loi dit que le combat doit se dérouler à la pleine lune, afin que les pierres blanches levées de l’arène soient éclairées pendant toute sa durée! La lune sera à son apogée demain soir ! Freya et Hinge, vous combattrez dans la tradition de notre peuple. L’esclave appartiendra au vainqueur, en attendant, il retournera dans sa cage ! »

-« Mais mère… » lui dit Hinge

-« Suffit, Hinge, va dans tes quartiers, je t’y rejoindrais plus tard. J’ai des préparatifs à organiser »

– « Haï »

Chap. 9 : Voici Freya !

mercredi, janvier 2nd, 2008

Brünhild entra. Elle jeta un coup d’œil à la ronde.

-« Haï Hinge, notre Reine veut te voir. Amène-le-lui ! »

Hinge se leva, me détacha, je la suivis.

Nous repassâmes par le grand hall. Un groupe de walkyries nous rejoignit pour nous escorter à travers un dédale de couloir, jusqu’à une lourde porte en amazakoué surmontée par un chapiteau tronconique en ébène de  Macassar, encadrée par deux statues en pied.

A gauche, Odin, taillé dans du jaracanda, posait son regard d’œil de tigre sur nous. Un baudrier en maroquin incrusté d’écailles de tortue lui barrait son torse athlétique modelé dans un plastron en galuchat tressé. Il soutenait un fourreau de velours, terminé par une bouterolle en airain ciselé duquel la poignée en bronze d’une épée émergeait.

Un inros pendait à sa ceinture sertie de gemmes multicolores qui rehaussait son pantalon en peau d’agneau. Des bottes terminaient ses jambes puissantes.

Le plus étonnant était ce casque varègue anormalement décoré avec des entrelacs de cuivre et d’argent symbolisant le marteau de Thor. Il maintenait difficilement son épaisse chevelure blonde.

Mes yeux se portèrent ensuite vers la droite.

Une Freya, d’une beauté à couper le souffle, dans son costume de soie entièrement rebordé de fils d’or, des cuissardes remontant haut sur ses cuisses musclées.

Une fibule en nacre retenait une cape smaragdine. Ses cheveux cascadaient sur ses épaules.

Le soleil du matin traversait le gemmail du cœur de la voûte, les rayons colorés se reflétaient dans ses yeux.

Les portes s’ouvrirent sans bruit.

Les gardes s’écartèrent pour nous laisser passage.

Je restais bouche bée devant le spectacle qui s’offrait à mes yeux. Moi, Chevalier qui croyait avoir tout vu de la beauté, j'éprouvais un sentiment d'humilité face à tant de splendeur. J’entrais dans un monde inconnu qui respirait la puissance divine et le charisme serein de la Reine de ce lieu féérique.

Freya était assise sous une fresque en mosaïque, représentant le voyage vers le Walhalla de l’âme des guerriers morts aux combats. Le dégradé de camaïeux faisait ressortir le loup sculpté en palissandre noir qui lui servait de trône.

Les puits de jour en forme d’écussons filtraient la lumière des gemmes colorées, laissant apparaître étincelantes les armoiries du clan de chaque walkyrie. Les guerrières étaient alignées le long de l’allée de marbre blanc qui menait à leur Souveraine. Debout les bras croisés, campées sur leurs jambes, chacune son esclave assis à ses pieds.

Ils portaient tous un collier, et une laisse attachée à la ceinture de leur maîtresse. Ils venaient visiblement de différentes contrées, certains avaient même la peau couleur ébène. Aucun ne me ressemblait.

Hinge s’avança, je la suivis un peu en retrait, tête légèrement penchée, je ne voulais rien manquer. Soudain, elle mit un genou à terre, je m’empressais de faire de même.

Un énorme loup gris vint me flairer, gronda près de mon oreille, renifla bruyamment dans mon cou, je serrais mes dents pour les empêcher de claquer.

Une voix cristalline, à la fois douce et autoritaire, un rien charmeuse lui dit :

-« Eh bien Darkhan, le trouves-tu à ton goût ? »