Chap. 23 : La Salle du Bassin d’Emeraude

Ingmar dévalait les escaliers de la tour Runique, Brunhilde sur ses talons. Leurs talons claquaient violemment, cela n’augurait rien de bon.

Ils arrivèrent enfin dans une salle entièrement taillée dans un bloc de marbre. Les murs polis et lustrés, découpés en une multitude de losanges renvoyaient une singulière lueur  émeraude provenant d’un bassin d’eau claire, seul élément occupant les lieux.

Eblouis, clignant des yeux, ils n’en tombèrent pas moins à genoux lorsque la lumière se mit à palpiter.

« Père, nous avons besoin de votre aide »pria Ingmar avec une déférence peu commune dans la voix.

Les secondes, puis les minutes passèrent. Rien ne se produisit.

A son tour, Brunhilde demanda : « Seigneur Odin, nous te prions de venir, nous avons besoin de toi. »

A nouveau un laps de temps s’écoula, sans aucune réaction.

Ils se regardèrent à la fois étonnés et inquiets. Après un hochement de tête, ils se relevèrent, ôtèrent leurs vêtements, et entrèrent dans l’eau. Se faisant face, ils se prirent les mains, fermèrent les yeux, levèrent leur tête et attendirent sans bouger.

La lueur les enveloppa, émit une stridulation difficilement supportable. Ils ne semblaient rien entendre.

Enfin, le noir complet s’installa. Ils tremblaient non de froid, mais de peur.

N’avaient-ils pas outrepassé les limites en invoquant ainsi le père des Dieux ?

Mais, ils en avaient longuement discuté. Freya nourrissait pour le chevalier une amertume préjudiciable au bon déroulement de son entraînement.

Elle bloquerait fatalement l’accès du chevalier à la mémoire de l’essence des éléments. Sans cette acquisition, il ne pourrait pénétrer dans les catacombes et en ressortir vivant avec le voile de Nerthus.

Seul Odin pouvait influer sur sa fille, lui faire comprendre que seul un homme pouvait accomplir cette quête ainsi qu’il était écrit dans la prophétie et qu’en aucun cas, ses talents de guerrière n’étaient remis en cause.

Elle devait accepter son rôle de formatrice comme un cadeau des dieux qui avaient confiance en son talent et en son habileté pour transformer le chevalier en un guerrier apte à réussir sa mission.

Leurs pieds furent bientôt éclairés à nouveau, puis le reste du bassin. L’eau se retira. Les murs se resserrèrent, puis s’écartèrent.

Enfin une voix sortie de nulle part :

-« Munin, le corbeau de la mémoire, et Hugin, corbeau de la réflexion, veillent sur le bon déroulement de l’entraînement. Ils me rapportent tout, chaque jour. Vous devez avoir confiance dans les anciens écrits et laisser le destin s’accomplir ! »

Ensemble ils répondirent :

-« Merci seigneur Odin »

Puis ils sortirent du bassin et se rhabillèrent en hâte sans un mot, peu convaincus, mais rassurés.

Les messagers d’Odin parcouraient le monde chaque jour, et chaque soir ils lui rapportaient ce qu’ils avaient vu. Leurs voyages ne s’arrêtaient pas au monde des vivants, ils incluaient celui des rêves.

Lorsque le chevalier serait prêt à recevoir la mémoire de l’essence des éléments, ils joueraient leur rôle aux côtés de la Reine qui devrait alors se plier à la volonté des dieux.

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