Chap. 15 : La Tour Runique

Le sol était tiède, les murs fluorescents s’écartaient sur notre passage pour se refermer derrière nous. La magie habitait ces lieux. Enfin, une porte basse, nous courbâmes la tête et nous entrâmes dans une chambre. Des tentures aux couleurs chamarrées décoraient les murs. Un lit à baldaquin recouvert d’un épais duvet cyan et or trônait au centre du mur du fond, nos pieds foulèrent des tapis d’Orient. La guerrière me retira mon collier, mes chaînes. D’un geste de la main, elle m’indiqua une alcôve vers la droite.

-« Vas te laver, des vêtements ont été préparés, un diner va t’être apporté, ensuite repose-toi ! La journée qui va bientôt se lever sera longue et éprouvante pour toi. »

Trop abasourdi par de tels rebondissements dans ma vie, je restais de longues minutes au centre de la pièce, debout, sans bouger.

Enfin, comme dans un rêve, je me dirigeais vers un bassin creusé à même la pierre. De la vapeur en sortait, des effluves de pin embaumaient les lieux. Je m’y glissais avec un plaisir qui m’arracha un murmure de contentement. Je me laissais aller, les yeux clos, je commençais à m’endormir lorsque des talons de botte claquèrent sur le sol.

Je me redressais vivement, le cœur battant de la peur que tout recommence…

Un bruit de métal, un demi-tour de talons et une porte que l’on referme.

Je sortis vivement de l’eau risquant quelques pas afin d’observer ma chambre. Rien. Personne. Un profond soupir de soulagement m’échappa. Je me séchais et m’habillais avec les vêtements déposés sur un tabouret : un pantalon de toile noire et une chemise blanche brodée de runes sur le sol et les poignets.

J’étais enfin vêtu comme un être humain !

Sur le plateau, un repas fastueux. Mes yeux et mes narines se délectaient. Un poulet rôti croustillant dégageait un fumet à faire saliver toute une meute de loups, des légumes, du pain chaud, du fromage, des fruits en abondance et un pichet de vin. Je ne savais par quoi commencer. Je tendis la main mais au dernier moment un sombre pressentiment m’envahit. Serait-ce le dernier repas du condamné ?

Mon ventre se mit à grogner et prit la décision à ma place.

Je m’asseyais donc sur une sorte de chaise en bois à haut dossier et attaquait ce qui m’était si généreusement offert. Je pris mon temps et mangeais autant que je pouvais goûtant à tout.

Un long moment plus tard, repu, je m’allongeais sur le lit et m’endormis presque aussitôt.

Je rêvais de mes combats au temps où je portais fièrement les armes et le blason de ma famille sur mon bouclier. Aux soirées qui s’en suivaient, avec mes compagnons, nous allions de tavernes en tavernes, au bras de filles faciles et joyeuses. Les parties de chasse, dans la rosée du matin, lorsque les sous-bois s’éveillent en sursaut sous les aboiements des chiens poursuivant leur proie.

Un aboiement bizarre, non, un hurlement de loup mit fin à mes souvenirs.

Darkan sauta au pied de mon lit, grogna doucement, tourna la tête de manière significative vers la porte, puis d’un bond rejoignit la porte et sortit.

Je me levais prestement et le suivis. Une sourde angoisse m’étreignait rendant ma respiration douloureuse.

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