Chap. 14 : Le combat

Les rayons de la lune semblaient se concentrer au centre de l’aire de combat. Les deux walkyries se faisaient face, boucliers levés, épées brandies.

Je ne pouvais voir leurs regards mais je sentais  l’appréhension de toutes les guerrières. Brunhilde serrait le manche de sa dague tellement fort que les jointures de ses doigts blanchissaient. Darkhan, à mes pieds, s’était relevé.

Hinge avança d’un pas en avant, puis feinta sur la droite en fonçant sur sa rivale. Freya l’évita d’un bond en arrière et se retournant lui plaqua un coup d’épée dans le dos. Hinge se pencha en avant et effectuant une manœuvre d’évitement, blessa au bras sa demi-sœur.

La vue du premier sang versé augmenta la tension. Darkhan gronda.       

Elles continuèrent ainsi, sans relâche, avançant, reculant, parant d’estoc et de taille. Leurs chevelures flottaient librement car les heaumes étaient tombés à terre. Leurs assauts soulevaient une poussière matifiant leur peau luisante de sueur.

Au fur et à mesure, les échanges se ralentirent. Des rigoles de sang coloraient leurs corps.

Dans un ultime sursaut d’énergie, Freya entailla profondément le flanc droit d’Hinge. Cette dernière jeta son bouclier à terre, porta sa main sur la plaie en grimaçant. Le poignard de Brunhilde sortit au trois-quarts de son fourreau.

Hinge, s’appuyant sur son épée, reculait un pas après l’autre vers le fond de l’arène. La Reine ne bougeait pas. Hinge tomba à genou. Freya ne bougeait toujours pas.

Un murmure étonné sortait des bouches des guerrières.

C’était un combat à mort ! Nulle pitié n’était autorisée !

Darkhan hurla, la meute repris son grognement.

Puis un silence de mort s’installa.

Freya jeta elle aussi ses armes, se tournant vers Darkhan, bras levés :

-« Odin, père, ne te satisfais-tu pas de cette lutte ? Deux sœurs se battant en duel pour un humain, pour respecter une coutume de l’Ancien Temps. L’une de nous est à terre ! Dois-je la sacrifier pour prouver qu’Il est celui de la légende ? »

Elle tomba à genou et son amour fraternel coula sur ses joues.

Le loup se leva, descendit et de sa démarche souple courut vers Hinge. Celle-ci releva son visage. Il planta son regard dans le sien. Une vive lumière les entoura comme un halo. Elle disparut.

Darkhan se dirigea ensuite vers Freya. A nouveau, la lueur apparut. Mais, lorsque son intensité baissa, Freya quitta le terrain, sans un mot.

Le gong retentit.

Tous évacuèrent les lieux.

Brunhilde me détacha, son regard neutre ne m’apprit rien.

Quelques instants plus tard, nous nous arrêtâmes devant la porte de la Tour du Conseil Runique. Elle m’attacha à un anneau, et tourna les talons.

Assis à même le sol, j’observais les alentours. La nuit avançait, la fatigue pesait sur mes épaules affaissées, je baillais et commençais à m’assoupir.

Un frôlement derrière mon dos, me fit sursauter. Une ouverture dans le mur, juste à côté de mon attache, se dévoilait.

A ma grande surprise, ce fut Hinge qui sortit, me détacha et me poussa à l’intérieur sans un mot.

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