Archive for janvier, 2008

Chap. 24 : L’entrainement

lundi, janvier 28th, 2008

Voyons ce que je savais faire ? L’autorité et la froideur du ton de Freya me firent sursauter.

-Faire ? Mais comment, avec quelle arme ?

-Pas d’arme pour l’instant. Tu dois savoir que celles que tu devras manier non rien de comparable ton ancienne vie. Tes ennemis ne seront pas que de chairs et de sang. Il te faudra inventer de nouvelles tactiques, trouver des ruses,  maîtriser ton pouvoir. Donc, voyons déjà ton endurance. Commence par courir autour de cette arène. Dix tours, je te laisse un tour d’avance. Si je ne te rattrape pas alors tu auras le choix de l’arme. Sinon, on recommence.

Quel défi ! Je m’attendais à tout sauf à cela. La plus longue marche que je n’aie jamais faite était lorsqu’Hinge m’avait capturé. J’étais un cavalier, non un fantassin !

-Pourquoi courir ? Nous avons des chevaux pour nous déplacer.

-Les chevaux ne pourront aller là où le destin semble vouloir t’envoyer. Cours et tais-toi !

Son ton péremptoire m’obligea à obéir.

Je partis trop vite et au bout du cinquième tour, je m’essoufflais tant que Freya n’eut aucun mal à me rattraper. Vexé, je m’arrêtais, les mains sur les hanches, respirant avec peine, de la sueur me coulait dans les yeux que j’essuyais maladroitement. Je m’attendais à une réprimande. Au lieu de cela, elle me tendit une gourde. Je bus quelques gorgées d’eau fraîche. Elle semblait à peine essoufflée, aucune transpiration, le soleil illuminait ses cheveux.

-Allez, on recommence.

Cette fois, je démarrais moins vite, mais elle ne m’en devança pas moins au bout de quelques tours.

La meute regardait son maître se ridiculiser. Mon orgueil souffrait autant que mes muscles. Mes poumons brûlaient comme une forge. Darkhan dû sentir mon désarroi.

-Maître, continuez, nous ne pouvons vous aider, cela nous est interdit. La Reine s’entraîne depuis sa naissance, vous ne pouvez l’égaler en quelques heures.

Le soleil atteignait le plus haut de sa course lorsqu’un corbeau se posa sur le râtelier d’armes au moment où Freya allait une fois de plus me doubler.

Elle stoppa net devant lui. Surpris, je m’arrêtais à mon tour. L’oiseau au plumage noir la regardait droit dans les yeux, il semblait communiquer avec elle par la pensée.

Je vis les muscles de son dos se raidir. Ses poings se serrer et se desserrer convulsivement. Visiblement, elle bouillait ! Elle tapa du talon sur le sol, s’inclina et se tourna vers moi.

Son regard, au-delà de mon épaule, exprimait un mécontentement manifeste.

-Bien, tu vas te reposer, un repas va nous être apporté, ensuite nous reprendrons ta mise en condition.

Mes yeux essayant de capter les siens :

-Pourquoi ne me regardes-tu jamais ?

-Parce que tu n’es pas prêt chevalier, et moi non plus !

Je me rapprochais de quelques pas :

-Prêts à quoi ?

-Il y a beaucoup de choses que tu ignores sur ton pouvoir et sur ta destinée, sur le voile de Nerthus également. Tu dois poursuivre ton entraînement, acquérir endurance, dextérité et agilité. Apprendre à manier les différentes armes que tu vois exposées ici. Ensuite, les choses viendront d’elles-mêmes.

-Bien alors mangeons et reprenons ! Je n’ai pas de temps à perdre apparemment, surtout si mes ennemis sont aussi terribles!

A grandes enjambées, je rejoignais la porte, quittais l’arène pour me retrouver dans la petite salle où les combattants devaient attendre.

Un banc de chaque côté d’une table sur laquelle une walkyrie disposait viandes froides, pain, fruits et boisson.

Je m’attablais au moment où Freya entrait.

-La colère est mauvaise conseillère.

Je ne répondis pas. Je tournais et retournais dans ma tête toutes les possibilités de parvenir à connaître tous les tenants et les aboutissants de cette aventure qui ne cessait de se compliquer. J’avais l’impression de n’être qu’un jouet entre les mains de puissances divines. Quel serait mon avenir à la fin de cette quête ? Y aura-t-il encore d’autres mystères ? Allais-je enfin pouvoir vivre tout simplement ?

L’odeur suave du parfum de la Reine mettait mes sens en éveil. Les battements de mon cœur s’accélérèrent. Je terminais rapidement ma dernière bouchée, me levais, et gagnais à nouveau l’aire sablée.

Les loups qui m’avaient suivi pour boire et se restaurer, reprirent leur place.

Darkhan me fixa, je me laissais faire. Je sentis comme une onde de calme me traverser.

Mes jambes se mirent en route, mon cerveau n’avait plus qu’un seul but : courir et réussir!

D’abord à petites foulées, puis de plus en plus vite, j’allongeais mes enjambées. Freya ne me rattrapa qu’au huitième tour.

Nous continuâmes encore deux fois sur cette lancée.

Après une pause, elle alla chercher deux javelines dont le tranchant de la lame reflétait les rayons du soleil.

Ulysse

samedi, janvier 26th, 2008

Et si les chiens pouvaient parler que raconteraient-ils? 

 

Hum ! Voyons que me dit mon horloge, encore un moment et mon maître va arriver. Allons, un effort, je relève la tête, j'étire mes pattes de devant, soulève mes reins, baille à m'en décrocher la mâchoire. Ca y est me voilà sur mes quatre pattes, je me secoue, histoire de redonner de la tenue à ma fourrure (ben quoi on a sa petite fierté !).

Je me dirige vers la porte d'entrée, mes coussinets bien au frais sur le carrelage. Bon, encore quelques … non, je ne peux pas dire "minutes" puisque nous les animaux nous ne mesurons pas le temps comme les humains (entre nous, qu'est-ce qu'ils se compliquent la vie avec tous ces chiffres !), notre métabolisme est réglé à l'affection, à son contentement et à son manque. Donc, disons encore quelques battements de cœur et je vais entendre ses pas sur le gravier de l'allée. Allons. Assis ! Oreilles en alerte, truffe en action !

Ca y est, oui, youpi, c'est lui, oui, enfin, debout, ma queue fouette l'air, je tourne en rond, la clef dans la serrure, je recule de quelques bouts de pattes, je m'abaisse, la porte d'entrée s'ouvre. Enfin ! Je m'approche, tends ma tête pour que sa main qui s'avance flatte mon encolure, pour que sa voix emplisse mes oreilles de tonalités pleines d'amour, pour mieux me coller à ses jambes. Je me roule à ses pieds, il s'accroupit, chatouille mon ventre, je grommelle de bonheur, remue ma tête de droite et de gauche, ma queue bat la mesure sur le sol. Nous avons tant besoin de ce contact l'un et l'autre !

Allez, en route pour la promenade. Il a besoin de se dégourdir les jambes lui aussi. Assis toute la journée dans un bureau, même pas le temps de respirer le midi, c’est pas une vie ça ! Heureusement que je suis là!

Bon, nous voilà de retour. Il va vaquer à ses diverses occupations et moi je vais rêver à toutes ses bonnes odeurs que j'ai reniflées pendant la balade. Ben quoi, il faut bien que je tienne mon bottin canin à jour, sinon je vais passer pour qui auprès des copains et des copines !

Tiens !  Le voilà qui s'installe devant cette boîte qui s'allume. Il me parle, je le sens impatient que le machin qui émet un bruit de souris névrosée s'arrête ! Je me lève, m'assois à ses côtés, pose mon museau sur sa cuisse, sa main vient me caresser doucement derrière les oreilles.

Tiens ses doigts ne bougent plus ! Il semble captiver par ce que ses yeux déchiffrent. Je sens les battements de son cœur s'accélérer, son corps se tendre, son épiderme frissonner !

 
Mais qu'est-ce donc qu'une sirène ?

 Comment sait-elle que mon maître me gratte derrière les oreilles ?

Est-ce qu'il existe des sirènes pour chien ?

Parce que si c'est le cas, moi je me mets à l'ordinateur de suite !

Chap. 23 : La Salle du Bassin d’Emeraude

jeudi, janvier 24th, 2008

Ingmar dévalait les escaliers de la tour Runique, Brunhilde sur ses talons. Leurs talons claquaient violemment, cela n’augurait rien de bon.

Ils arrivèrent enfin dans une salle entièrement taillée dans un bloc de marbre. Les murs polis et lustrés, découpés en une multitude de losanges renvoyaient une singulière lueur  émeraude provenant d’un bassin d’eau claire, seul élément occupant les lieux.

Eblouis, clignant des yeux, ils n’en tombèrent pas moins à genoux lorsque la lumière se mit à palpiter.

« Père, nous avons besoin de votre aide »pria Ingmar avec une déférence peu commune dans la voix.

Les secondes, puis les minutes passèrent. Rien ne se produisit.

A son tour, Brunhilde demanda : « Seigneur Odin, nous te prions de venir, nous avons besoin de toi. »

A nouveau un laps de temps s’écoula, sans aucune réaction.

Ils se regardèrent à la fois étonnés et inquiets. Après un hochement de tête, ils se relevèrent, ôtèrent leurs vêtements, et entrèrent dans l’eau. Se faisant face, ils se prirent les mains, fermèrent les yeux, levèrent leur tête et attendirent sans bouger.

La lueur les enveloppa, émit une stridulation difficilement supportable. Ils ne semblaient rien entendre.

Enfin, le noir complet s’installa. Ils tremblaient non de froid, mais de peur.

N’avaient-ils pas outrepassé les limites en invoquant ainsi le père des Dieux ?

Mais, ils en avaient longuement discuté. Freya nourrissait pour le chevalier une amertume préjudiciable au bon déroulement de son entraînement.

Elle bloquerait fatalement l’accès du chevalier à la mémoire de l’essence des éléments. Sans cette acquisition, il ne pourrait pénétrer dans les catacombes et en ressortir vivant avec le voile de Nerthus.

Seul Odin pouvait influer sur sa fille, lui faire comprendre que seul un homme pouvait accomplir cette quête ainsi qu’il était écrit dans la prophétie et qu’en aucun cas, ses talents de guerrière n’étaient remis en cause.

Elle devait accepter son rôle de formatrice comme un cadeau des dieux qui avaient confiance en son talent et en son habileté pour transformer le chevalier en un guerrier apte à réussir sa mission.

Leurs pieds furent bientôt éclairés à nouveau, puis le reste du bassin. L’eau se retira. Les murs se resserrèrent, puis s’écartèrent.

Enfin une voix sortie de nulle part :

-« Munin, le corbeau de la mémoire, et Hugin, corbeau de la réflexion, veillent sur le bon déroulement de l’entraînement. Ils me rapportent tout, chaque jour. Vous devez avoir confiance dans les anciens écrits et laisser le destin s’accomplir ! »

Ensemble ils répondirent :

-« Merci seigneur Odin »

Puis ils sortirent du bassin et se rhabillèrent en hâte sans un mot, peu convaincus, mais rassurés.

Les messagers d’Odin parcouraient le monde chaque jour, et chaque soir ils lui rapportaient ce qu’ils avaient vu. Leurs voyages ne s’arrêtaient pas au monde des vivants, ils incluaient celui des rêves.

Lorsque le chevalier serait prêt à recevoir la mémoire de l’essence des éléments, ils joueraient leur rôle aux côtés de la Reine qui devrait alors se plier à la volonté des dieux.

Chap. 22 : Avant l’entraînement!

lundi, janvier 21st, 2008

Je me réveillais tranquillement, une bonne odeur de pain chaud et de café me chatouillais agréablement les narines. Je m’assis dans le lit. Un plateau était posé sur la table, Hinge s’apprêtait à sortir.

-« Hinge ? »

Elle se retourna à demi, sourcils haussés, front plissé.

-« Oui, chevalier ? »

Mon aventure de la nuit m’avait donnée de la hardiesse. Après tout, j’étais le Maître des Loups et ma vie était trop précieuse, apparemment, pour que la Walkyrie me tue sur le champ.

-« Est-ce que nous ne pourrions pas discuter, s’il vous plaît ? »

-« Discuter de quoi, chevalier, Ingmar t’a dit tout ce que tu devais savoir, je n’ai rien à ajouter. »

Comme elle tournait les talons en avançant d’un pas, je sautais au bas du lit :

-« Non Hinge, il ne m’a pas tout dit ! Je le sens ! »

Elle plongea son regard dans le mien. Respira profondément et dit, d’une voix triste :

-« Je ne puis rien te dire car je ne sais rien. Lorsque je t’ai vu sur ton destrier pour la première fois, mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. J’ai su que je devais te capturer coûte que coûte, mais je n’imaginais pas que tu étais l’élu. Aujourd’hui, tout cela est très loin, prépares toi. Freya va venir te chercher pour ta première leçon. »

En soupirant, elle fut dehors avant que j’ai eu le temps de poser une autre question. Ainsi donc, sous la cuirasse se cachait une certaine mélancolie…

Mon estomac criant famine, je m’assis et entamais de bon cœur une miche croustillante que je nappais généreusement d’une épaisse couche de marmelade au parfum inconnu.

Le liquide corsé me revigora. Un bain rapide et j’endossais les vêtements préparés au pied de mon lit : un justaucorps en cuir noir moulant mon buste, une paire de chausses assortie et des bottes souples. Une ceinture à la boucle de vermeil en forme de tête de loup complétait la panoplie.

Un coup sec frappé à la porte.

-« Entrez ! »

Le battant s’ouvrit. La Reine des Walkyries se tenait sur le seuil.

-« Bonjour chevalier, suivez-moi ! »

Ses yeux esquivèrent les miens. Encore et toujours. Que craignait-elle que j’y découvre ? La question me brûlait les lèvres mais l’appréhension de la réponse stoppa mes mots.

Je la suivis donc dans le dédale de couloirs et d’escaliers. Nous arrivâmes devant une sorte de poterne. L’aube d’un nouveau jour me fit cligner des paupières.

Nous étions sortis par la même porte que celle empruntées par les sœurs pour entrer dans l’arène avant leur combat.

Darkhan et sa meute étaient couchés paisiblement sur la droite. A gauche, un râtelier garni d’armes de différentes sortes. Si je reconnaissais certaines d’entre elles, d’autres m’étaient totalement inconnues.

Un aigle survola l’aire sablée, puis s’en fut.

-« Allons, il est temps de commencer ! Voyons, tout d’abord ce que tu sais faire ! »

Ballade des mots

samedi, janvier 19th, 2008

Je me ballade au milieu des mots.

Je les vois, les regarde, les lis, les goûte, les ressens.

J’en picore quelques uns par ci par là, les mâchouille, les broie, les enrobe, les avale, les digère.

Je pioche dans les substantifs, les verbes, les adjectifs.

J’y ajoute quelques assaisonnements, des couleurs, des sons, des odeurs.

Je malaxe le tout avec les temps, indicatif, imparfait, futur, subjonctif, passé composé.

 Je laisse mijoter, je goûte, rajoute un peu de ceci, virgules, espaces, points ; un peu de cela,  abréviations, articles, superlatifs.

Je coule dans le moule, titre, introduction, conclusion.

Je module la cuisson pour que le mélange soit harmonieux, synonymes, antonymes, éponymes, rimes.

Enfin, je décore avec quelques adverbes, majuscules, minuscules.

Sans préambule, j’épilogue, je coupe, je taille, et je sers !

Chap. 21 : Maître des Loups !

jeudi, janvier 17th, 2008

Ayant regagné mes appartements, je dînais frugalement après un bon bain qui me débarrassa de l’odeur des loups.

Allongé sur le lit, je tournais et retournais dans ma tête les évènements de la journée, quand je sentis comme un frôlement, un tâtonnement entrer en contact avec mon esprit.

-« Maître ? » 

-« Darkhan ? »

-« Oui, excusez-moi de vous déranger, mais une femelle requiert votre assistance pour mettre bas. »

-« Pardon ? De quoi parles-tu ? »

-« Alpha est âgée. C’est sans aucun doute sa dernière portée. Elle est fatiguée,  son ventre contient huit louveteaux ce qui est exceptionnel. Je ne peux l’aider seul. Nous devons conjuguer nos efforts. »

Je me redressais et j’énonçais verbalement ce que mes pensées disaient au chef de la meute.

-« Euh, oui…., mais que dois-je faire ? »

-« Restez couché, Maître. Respirez tranquillement, pensez son nom comme vous l’avez fait pour Ingmar et vous entrerez en communication avec elle. Ensuite, vous laisserez glisser vos pensées en elle jusqu’aux petits, vous les calmerez et les guiderez jusqu’à l’extérieur. Vous devez toujours restez très calme, ne vous laissez pas distraire par ces bébés fougueux, imposez votre volonté, vous êtes leur Maître ! »

-« Bien, je vais essayer. »

-« Merci Maître, je vais m’occuper d’elle avec mes frères nous lui donnerons toute l’énergie que nous pourrons pour que ses forces ne la trahissent pas pendant la mise bas.»

Je ne sentis rien lorsqu’il se retira, simplement je le savais.

Je m’allongeais confortablement, fermais les yeux et me concentrais sur le nom de la louve : Alpha.

Au début, rien ne se produisit, puis ce fut comme si mes pensées atterrissaient sur un nuage  moelleux.

-« Bonsoir Maître »

Je ne reconnus pas la voix puisque je ne l’avais jamais entendue, mais, peu à peu en utilisant ce nouveau pouvoir, ma perception se développait elle aussi. Je n’eus pas le temps de répondre, sentant une fatigue intense chez cette femelle, je laissais mon esprit glisser vers sa progéniture.

Celle-ci se débattait, affolée par les contractions qui la ballotait de droite et de gauche, d’avant en arrière.

Instinctivement, bien que fort surpris pas cette connaissance, je pris les choses en main. Je cherchais au fond de moi le calme que je transmis à la nichée. Doucement, pour ne pas les effrayer par mon intrusion dans leur univers feutré, je les « touchais », les « caressais ».

Tout d’abord étonnés, ils se laissèrent faire, puis les secousses reprenant de plus belles, ils recommencèrent leur manège. Un stop bienveillant mais ferme les ramena à la raison.

Je ressentais l’épuisement de leur mère, aussi, j’intimais aux petiots de tenter de sortir l’un après l’autre en s’aidant de chaque contraction  pour avancer vers la sortie. Très inquiets, ils reculèrent vers le fond de la matrice. J’eus un moment de doute.

La louve grogna. La meute intensifia ses efforts pour la soutenir. Il fallait faire vite, sinon et la mère et les petits ne s’en sortiraient pas.

Alors comme une pulsion, un à un je les « poussais », les obligeant à quitter ce cocon tiède.

Sitôt à l’air libre, une autre femelle les pris en charge. Chaque expulsion diminuait le lien entre eux et moi. Après le dernier, une immense fatigue me laissa pantelant mais heureux comme je n’aurais jamais penser pouvoir l’être.

Aider à donner la vie !

Voilà qui me faisait apprécier ce nouveau pouvoir et je ne regrettais plus une seule seconde les douleurs que j’avais endurées pendant ma capture avec Hinge et ou encore celles subies lors de la cérémonie du Sang Canidale.

Je me sentais différent. Je n’étais pas un héros, loin de là, mais j’étais un homme qui venait de comprendre tout le respect que l’on doit avoir de la vie.

Chap. 20 : Explications

mercredi, janvier 16th, 2008

-« Ne soit pas effrayé, chevalier, Freya va te former aux techniques de combats ancestrales. Non, que je minimise ta bravoure et ton ardeur, mais tu dois savoir simultanément te servir des armes et utiliser les pouvoirs des loups. »

-« Les loups ont des pouvoirs ? »

-« Oui, ils sont en communion constante avec toute la nature. Ils peuvent agir en cas de besoin pour aider ou secourir un autre animal. Par exemple, ils ne chassent pas au hasard, leurs proies sont choisies avec soin afin de préserver l’équilibre naturel. Les armes que tu vas désormais porter, ont été plongées dans un bain de sang dans la dernière phase de leur création. Ce qui permet à leur porteur de conjuguer la force, l’agilité, l’endurance de ces animaux et surtout lui permet d’avoir accès à ce que nous appelons : la mémoire de l’essence des éléments. »

-« Qu’est-ce donc ? »

-« Cela ne s’explique pas, il faut que tu le ressentes par toi-même. Ma sœur et la meute t’aideront dans cette quête. »

-« Et si je ne réussis pas ? »

-« Tu n’a pas le choix Chevalier, tu dois réussir. Fais confiance à ta destinée. Elle te mènera sur le chemin de la réussite. Si ce n’est pas le cas, alors par Odin, je donnerais ma vie pour mon peuple et rejoindrais mes ancêtres au Walhalla. »

Je restais silencieux, enregistrant et assimilant toutes ces informations.

Un coup frappé à la porte me tira de mes pensées.

-« Entrez », répondit Ingmar

Freya entra.

Elle était magnifique dans ce costume de daim ajusté qui mettait en valeur sa silhouette élancée.

Son regard m’évita soigneusement.

-« Bonsoir. Ingmar, je viens ainsi que tu me l’as demandé. Mais, je tiens à vous dire, que je refuse de servir de professeur à cet humain tant que je n’aurais pas de nouvelles de ma sœur ! »

-« Bien Freya si telle est ta volonté ! » Il tapa de son poing sur un gong que je n’avais pas remarqué sur la table. Une tenture se souleva et Hinge apparue.

Elles se précipitèrent dans les bras l’une de l’autre. Leur frère haussa un sourcil de mécontentement, les effusions ne devaient pas être une coutume locale !

-« Bon maintenant que tu es satisfaite, tu commenceras, dès demain à l’aube, la formation de cet homme. Je te rappelle qu’il doit ramener le voile de Nerthus avant la prochaine pleine lune, et un voyage de plusieurs jours est nécessaire pour atteindre le Lac. »

Freya se retourna vers moi. Je cherchais à capter ses yeux, mais encore une fois elle se déroba.

Pourquoi ? Que cachait cet apprentissage ? M’avait-on tout dit ?

Chap. 19 : La Destinée

mardi, janvier 15th, 2008

Je pénétrais dans la pièce. Des tentures brodées de scènes de chasse et de combat habillaient les murs. Des fauteuils profonds entouraient une table garnie d’un dîner pour deux. Des tapis de laine recouvraient le sol. Des candélabres montés sur des pieds en bronze éclairaient l’ensemble. Dans l’ombre, à ma droite, une silhouette masculine se tenait debout, mains derrière le dos.

Il fit deux pas en avant. Je portais la main à ma bouche pour étouffer un cri de surprise.

J’avais devant moi à n’en pas douter Ingmar. Une longue chevelure blonde encadrait son visage, ou plutôt devrais-je dire celui de Freya.

Un sourire se dessina sur ses lèvres :

-« Oui, chevalier, je suis le frère jumeau de La Reine des Walkyries ! »

-« Mais, comment vous trouvez-vous enfermé ici ? »

-« Notre mère a fait un pacte avec les dieux afin que j’aie la vie sauve. En effet, tous les premiers nés devaient être des filles. Aucun jumeau mâle ne pouvait vivre.

Notre père m’a enfermé ici, et m’y a rejoint le jour de mes 12 ans afin de parfaire mon éducation dans l’attente de la venue du prochain Roi.

Les dieux ont accordé à ma mère de rester en vie jusqu’à la puberté de ma sœur, afin qu’elle puisse l’élever selon les traditions et lui transmettre son pouvoir quand elle serait prête.

Notre père a donné aujourd’hui sa vie pour sauver celle d’Hinge et vient de la rejoindre au Walhalla.

Maintenant, c’est à toi d’accomplir la destinée afin que nos parents ne soient pas morts pour rien. »

-« Mais,  je ne suis qu’un chevalier capturé par une walkyrie. Je viens de subir l’épreuve du Sang Canidale, mais pourquoi ?»

-« Pourquoi ? Parce que tu dois maintenant affronter l’épreuve des catacombes de Nerthus !»

-« Les catacombes de Nerthus, mais de quoi s’agit-il ? Pourquoi dois-je encore subir cette épreuve? »

-« Parce que ta destinée est d’être notre nouveau roi. Celui qui changera les règles de notre peuple, celui qui libèrera les hommes de l’esclavage.  Car cette chasse perpétuelle de mâles, n’a qu’un seul but depuis plus de cent ans : TOI ! »

Son ton impérieux me fit sursauter tout autant que la découverte de cette incroyable longévité.

-« Cent ans ! Mais alors quel âge avez-vous ? »

-« Lorsque le pacte de notre mère fut accepté, il stipulait qu’aucun enfant ne naîtrait tant que tu ne serais pas trouvé, le temps fut donc arrêté.  Pour qu’il reprenne son cours, tu dois aller chercher le voile de Nerthus au fond des catacombes du Lac de Jutland,  et le ramener avant la prochaine pleine lune. Si tu ne réussis pas, alors je serais sacrifié sur l’autel des enfers de Hel et les hommes resteront à jamais des esclaves. Peu à peu, le peuple des guerrières s’éteindra puis disparaîtra totalement. »

Il prononça ces derniers mots sur un ton lugubre qui me fit froid dans le dos. Je réalisais mieux maintenant l’importance que tous m’accordaient.

 
La survie de tout un peuple dépendait entièrement de moi !

Chap. 18 : Maïtre des Loups!

dimanche, janvier 13th, 2008

Dans le silence de la crypte, le rituel du Sang Canidale était achevé. Le chevalier gisait sur l’autel. Sa poitrine frémit. Sa respiration reprenait. Les loups s’agitèrent. Darkhan par un grognement ramena le calme et la meute se rassit.

J’ouvris les yeux. Pendant quelques secondes, je ne sus plus où j’étais, puis tout me revint en mémoire.

-« Le Sang Canidale a parlé ! Dans vos veines, coule désormais la mémoire des loups depuis l’aube des temps. Refermez les yeux, Maître, et laissez-moi vous guider dans les méandres du temps. »

Encore faible, j’obéis sans plus me poser de questions. Une succession ininterrompue d’images, de sensations, de combats, de chasses et de tout ce qui compose la vie d’un loup défila dans ma tête. J’appris non seulement leur histoire, mais aussi leurs mœurs, leurs coutumes, leurs habitudes et leur langage.

Cette fois, lorsque mes paupières se soulevèrent de nouveau, je m’essayais à communiquer par la pensée avec Darkhan, chef de la meute, dont j’étais désormais le maître.

-« Merci. Mais, je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai été choisi. »                          

-« Peu importe le pourquoi Maître, ce que les Dieux veulent, doit être accompli. Vous pouvez, maintenant communiquer également avec le chef du Conseil Runique. Pensez à son nom, et vos pensées iront vers lui. »

-« Mais, je ne sais pas comment il s’appelle… »

-« Ingmar est son nom »

Fermant les yeux, je fis ce que Darkhan m’avais dit. Au début, rien, puis un léger frisson  et … surprise… une voix me répondit.  Ce n’est pas tant la réponse qui m’étonnait mais le fait que c’était un homme. Bien que le prénom ait une consonance masculine, mon ignorance des prénoms de ce peuple ne m’avait pas préparé à cela.

-« Oui, Maître des loups, je suis Ingmar. Darkhan va vous conduire près de moi. Nous avons à parler. »

 

Le loup semblait avoir entendu lui aussi, car il se retourna et sortit. Lorsque mes pieds touchèrent le marbre froid du sol, je titubais quelque peu, puis retrouvant mon équilibre, je m’élançais afin de le rattraper.

Je le retrouvais en haut du dédale de marches, devant une porte de chêne, que je n’avais pas remarquée en descendant.

Elle s’ouvrit sans bruit. Une odeur de fleurs séchées que l’on brûle s’échappa, Darkhan me jeta un dernier regard :

-« A bientôt, Maître, en ces lieux je ne peux pénétrer. Appelez-moi quand vous le souhaitez. »

-« Merci pour tout Darkhan. »

Chap. 17 : Où est Hinge ?

samedi, janvier 12th, 2008

Freya se reposait dans ses appartements. Brunhilde s’affairait à ranger la tenue de combat de sa reine.

-« Brunhilde, tu sais ce qu’est devenue Hinge, n’est-ce pas ? »

-« Non, Majesté, je sais seulement que ce sont les dieux qui ont décidé de son destin, tout comme ils décident du nôtre »

-« Mais, elle est toujours en vie, non ?  Les dieux ne peuvent pas l’avoir punie parce que je n’ai pas voulu tuer ma sœur ! Ce serait trop injuste ! Cet homme, on ne sait même pas s’il est l’élu ! Pourquoi s’est-elle entêtée ? Pourquoi ce combat ?»

 -« Les Dieux savent ce qu’ils font, Ma Reine. Demain, nous saurons s’il a réussi à survivre à l’épreuve du Sang Canidale. Alors seulement, vous aurez des réponses à vos questions. Maintenant, il faut vous reposer car si le chevalier survit, il devra encore passer l’épreuve des catacombes de Nerthus. Et pour affronter les dangers qu’il y rencontrera, vous devrez l’initier à l’art du combat d’Odin. »

 -« L’initier ! Non, ça jamais ! Jamais cet homme n’apprendra quoi que ce soit de moi ! Ma sœur a disparu, il y a de grandes chances pour qu’il en soit le responsable, les Dieux ne peuvent exiger cela de moi ! »

 Freya marchait de long en large, ses talons claquant sur le sol, ses longs cheveux blonds dansaient dans son dos en rythme, sa colère la rendait belle et sa lumière intérieure irradiait tout son être.

 -« Je vous en prie, soyez raisonnable, c’est vous qui avez désigné ce chevalier comme étant celui de la légende. Alors vous ne devez pas le rendre responsable de vos tourments, mais suivre à la lettre les Anciens Ecrits. Toute notre civilisation se meure lentement depuis plus de cent ans. Aucune d’entre nous n’a vieilli, certes, grâce au sortilège qui nous a permis d’attendre la venue de l’Elu, mais aucune naissance n’est venue remplacer chaque guerrière morte au combat. Il est temps que la prophétie s’accomplisse, ma Reine ! »

-« Oui, je sais tout cela Brunhilde. Je connais mon devoir en tant que Reine des Walkyries, mais comprends que mon cœur pleure pour ta fille, ma demi-sœur que j’aime comme une sœur. Nous avons été élevée ensemble, avons partagé les mêmes jeux, et si à un moment elle a eu du mal à accepter que je sois la première des guerrières, je ne peux lui en vouloir. »

 Elle s’arrêta et regarda Brunhilde dans les yeux.

 -« Comment peux-tu avec tant de calme appréhender la disparition de la chair de ta chair ? »

 -« Mon calme n’est qu’apparence, l’espoir qu’elle est en vie m’habite, car comme vous, je ne peux croire que nos Dieux aient voulus une telle infamie : une sœur tuant sa sœur, même pour sauver tout un peuple, toute une civilisation, cela ne se peut. Enfin je l’espère de tout mon cœur de mère. »

 
-« Espérons ensemble ! »

 -« Reposez-vous ma Reine, demain est un autre jour, un jour de vérité ! »