Chap.6 : La Forteresse

Après maints virages, de droite et de gauche, mes pieds foulèrent, non plus de la terre mais des pavés d’une pierre brune. La voie était très bien entretenue, aucune touffe d’herbe n’émergeait des jointures, les bas côtés étaient bien plats et bordés à intervalles réguliers par des blocs taillés en forme de piédestal. Sur le dessus, deux anneaux étaient celés, des sortes d’armoiries étaient gravées sur le devant. Je me rendis vite compte qu’ils allaient par deux, un de chaque côté de la route.

Après un dernier virage, elle arrêta net son cheval, je faillis le percuter, tant j’étais occupé à observer un homme attaché sur l’avant dernier de ces piliers par le poignet et la cheville.

Je levais la tête et ouvrit la bouche béatement. L’entrée de la forteresse était une merveille architecturale comme je n’en avais encore jamais vu.

De chaque côté, de la gigantesque porte en bois bardée de métal, deux immenses statues de walkyries en armures. Elles semblaient vivantes avec leurs yeux de cobalt, leurs armes brandies, leurs chevelures mordorées.

-« Nous voici au manoir de Sessrumne ! Le palais de la première d’entre nous, notre reine, notre chef, notre guide ! »

La walkyrie prononçait ces mots avec un respect que je la croyais incapable d’avoir envers un autre être humain.

-« Lorsque tu auras franchi ces portes, ton destin sera scellé ! »

Elle poussa un cri effrayant en brandissant haut son épée. Un autre cri semblable lui répondit, puis un autre et encore un autre. Je tremblais de tous mes membres. Enfin, les lourdes portes s’ouvrirent, sans bruit, glissant sur des serpents de métal comme je n’en avais jamais vu. Mon ébahissement l’amusa, elle éclata de rire et se remit en route.

Nous pénétrâmes dans une cour de taille moyenne, puis nous passèrent sous une arche à droite.

Un homme vêtu d’un pantalon gris et d’une chemise noire s’avança, elle descendit et lui tendit les rênes. Elle prit un drôle de bâton avec un embout de métal pointu. Elle me détacha de la corde.

-« Marche à un pas derrière moi, yeux baissés, et suis moi comme un chien en silence. Si tu déroges à cette règle, si tu essaies de t’enfuir ou de regarder ailleurs que devant toi, tu sentiras dans tes reins ma colère »

Je hochais la tête, plus humilié que jamais. Des femmes allaient et venaient, me dévisageaient sans pudeur. Je serrais les fesses de honte.

Nous nous acheminâmes vers une entrée, gardée par deux jeunes femmes, armées d’une lance.

-« Haï, Hinge » la saluèrent-elles en s’effaçant pour la laisser entrer.

Ainsi, elle s’appelait Hinge ! Prénom aux consonances nordiques. Je n’avais pas été un bon élève avec mon précepteur privé, néanmoins, il me restait quelques bribes de culture.

L’intérieur était aussi surprenant que tout le reste.

Les dalles de marbre blanc réfléchissaient la lumière qui semblait aller du plafond au sol en zigzagant sur les motifs des murs. Pas besoin, de bougies !

Aïe, une pique dans le bas des reins me rappela de baisser la tête.

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