Les
premiers rayons du soleil étiraient leurs bras engourdis de la nuit. La rosée
s’évaporait lentement comme un voile s’effaçant pour révéler la beauté de la
nature à celui que le sommeil avait fui très tôt.
Dans
cette humidité ambiante, toutes les senteurs se mélangeaient à la terre et me
rappelait les sous-bois dans lesquels je chassais jadis lorsque ma vie n’était
que succession de fêtes, tournois, duels d’honneur, course après des
demoiselles effarouchées que je culbutais sans vergogne dans quelque grange,
amusements aux dépens des serfs, une vie qui me paraissait bien futile
maintenant. Je secouais la tête à ces souvenirs importuns.
A
l’entrée de l’arène, je fis une pose, respirais à plein poumon en bombant le
torse, serrait les poings, pliait les genoux, avant de m’élancer pour mon
premier tour de piste.
A
ma grande stupéfaction, Darkhan se mit à courir à mes côtés de sa démarche
souple, ses pattes semblant à peine toucher terre. Je ne posais pas de
question, préférant me concentrer sur mon allure que j’augmentais petit à petit
afin de trouver le rythme qui me permettrait d’acquérir l’endurance nécessaire,
avant de m’essayer à la vitesse.
Lorsque
le jour éclaira tout le terrain d’entrainement, Freya fit son apparition,
accompagnée du reste de la meute. L’astre solaire éclairait sa chevelure comme
une auréole de feu. Toujours habillée de la même tenue de cuir, elle m’observa
pendant quelques tours. Puis, elle vint remplacer le loup qui rejoignit les
autres à la même place que la veille.
Côte
à côte pendant deux tours, elle accéléra l’allure, je suivis, elle força
encore, je suivis plus difficilement. Enfin, elle s’arrêta. J’étais essoufflé,
mais content d’avoir mieux réussi.
-Bonjour
Chevalier. Vous êtes matinal aujourd’hui !
-Bonjour
Dame Freya, répondis-je entre deux respirations bruyantes, je voulais profiter
de l’aube pour commencer afin de ne pas vous faire perdre votre temps.
-Vous
ne me faites pas perdre mon temps. Mon devoir est de vous entraîner afin que
vous puissiez réussir votre quête. Désormais, je serais là aussi dès le lever
du soleil. Tenez buvez un peu. Ensuite, nous reprendrons le maniement de la javeline.
Et
ainsi, s’écoula cette journée et les deux semaines qui suivirent. Mon endurance
à la course s’améliorait, je n’arrivais pas à semer la Reine, mais elle
n’arrivait plus à me doubler lorsque je ne partais qu’avec un tour d’avance.
Au
fil des jours nos rapports avaient évolué. Elle ne s’adressait plus à moi sur
le même ton de commandement. Je sentais poindre en elle un certain respect tout
au moins pour les efforts que je fournissais afin de parvenir au niveau
nécessaire pour être l’élu qui ramènerait le voile de Nerthus avant la
prochaine pleine lune afin de sauver la vie de son frère jumeau Ingmar et par
conséquence de tout le peuple des walkyries.
Certes
mon adresse au lancer se révélait plus aléatoire. Mais, elle ne semblait pas
s’inquiéter outre mesure de ce que je considérais déjà comme une faiblesse
propre à être un obstacle à la réussite de ma mission.
Régulièrement,
Munin et Hugin survolaient l’aire sablée, ils allaient rendre compte à Odin de
mes progrès.
Mais
où en étais-je véritablement ? Combien de temps encore avant d’être obligé
de partir ? Combien de jours dureraient ce voyage ? Qui
m’accompagnerait ? Qui ou quoi allais-je devoir affronter ? Et
comment ce voile pourrait-il sauver tout un peuple ? Autant de questions
qui ne trouvaient aucune réponse malgré les jours et les nuits qui défilaient.
Ce
soir là, Brunhilde apparut au portail juste au moment où nous venions d’en
terminer.
-Bonsoir
chevalier, suis-moi !
-Bonsoir
Brunhilde, où allons-nous ?
Elle
tournait déjà les talons. Darkhan et moi la suivîmes dans un dédale de
couloirs. Arrivés devant une porte de chêne dont le centre était gravé d’une
rune dont l’or semblait palpiter comme un cœur, Brunhilde s’effaça.
-Tu
dois entrer seul. Nous t’attendrons ici.
Je
regardais alternativement la walkyrie et le chef des loups, puis je fis un pas,
posais ma main sur le vantail dont la tiédeur me surprit. A peine mes doigts
avaient-ils exercé une légère pression qu’il s’ouvrit sans peine et sans bruit.
Seul un rond de lumière au sol, j’avançais, le cercle se déplaça guidant mes
pas dans la pénombre. La porte se referma et la luminosité s’accrut peu à peu
pour éclairer toute la pièce.
Les
murs étaient recouverts du sol au plafond d’armes de toutes sortes. Des plus
courantes comme des épées, des javelines, des marteaux, des boucliers, d’autres
ressemblaient à de longs couteaux de différentes tailles incurvés comme des
lunes.
Une
voix résonna dans ma tête.
-Ici
sont rassemblées toutes les armes des guerrières mortes en combattant pour
leurs Dieux, leur peuple, leur honneur. Chacune a le souvenir des affrontements
auxquels elle a participé. Approche. Touche-les et si l’une d’entre elle veut
te servir, alors elle se lovera dans ta main et te le fera sentir.
Je
restais un instant interdit. Je ne m’attendais pas à devoir être choisi par un
instrument. Ce n’était qu’un objet après tout et pour moi seules l’adresse et
l’habileté alliées à l’entrainement et l’expérience pouvaient faire la
différence lors d ‘un combat. Mais la magie était décidément partout dans ce
monde. Elle imprégnait chacun et chaque chose, les reliant pour un destin
commun.
Je
ne savais par où commencer. Je laissais mon regard effleurer les différents
bois, métaux, arcs, couteaux, etc.
J’avançais vers une première épée, rien, une
autre, rien et ainsi de suite, quand, au moment où j’allais retirer ma main, je
sentis comme un picotement. Je posais à nouveau mes doigts sur le pommeau,
celui-ci se coula dans ma paume. Je pris donc l’étui et dégainais une longue
épée damasquinée. Elle était légère dans ma main alors qu’elle semblait peser
plusieurs kilos.
Fort
de cette première trouvaille, je poursuivais, une javeline, puis un bouclier
rejoignirent l’épée. Ainsi équipé, j’allais ressortir de cet incroyable endroit
lorsque je reçus une tape légère sur mes reins.
Instantanément,
je lâchais la javeline et épée brandie, bouclier sur le dos, je me retournais
prêt à me défendre. Au lieu et place d’un ennemi quelconque, il n’y avait que
le vide !
D’où
pouvait bien venir cette sensation?